Interview : Bruce Goldsztejn

June 2nd, 2020

Aujourd’hui nous sommes avec Bruce Goldsztejn, Responsable Marketing et Communication du Vélodrome National de Saint-Quentin-en-Yvelines. Il est en poste depuis 2013 et va nous présenter le rôle central que joue le Vélodrome dans le monde du cyclisme et les projets de digitalisation de l’enceinte pour les années à venir.

Est-ce que vous pouvez nous décrire votre parcours en quelques mots ?

Je suis issu d’une formation en école de commerce avec une spécialisation dans le sport professionnel. Etant féru et pratiquant de sport, œuvrer activement pour son développement a toujours été une évidence et j’ai construit mon parcours en ce sens.

A la sortie de l’école j’ai commencé par une mission pour le compte de l’UEFA qui était liée à la candidature des villes françaises pour l’accueil de l’Euro 2016 de football. A l’époque j’étais chargé du dossier de candidature de la ville de Marseille pour le compte de la FFF, mission que j’ai mené pendant dix mois.

A la suite de cette expérience j’ai voulu continuer dans le football professionnel mais les places sont rares et chères. A ce stade, je n’avais pas un réseau relationnel très développé pour me permettre de rebondir.

Durant mes études supérieures et mes premières expériences professionnelles, la région du Sud-Est de la France m’a particulièrement plu. Le cadre de vie est agréable mais par-dessus tout : les sports de plein air y sont omniprésents ! J’ai donc souhaité poursuivre mon évolution dans l’univers du sport dans les Bouches-du-Rhône en créant ma structure dans l’événementiel nautique (séminaires principalement) avec un ami que j’ai rencontré en école de commerce. La société, Yachting Events, existe toujours mais je n’y suis resté que deux ans, ayant été démarché entre-temps par le Red Star Football Club.

Au Red Star FC, j’ai été en charge des partenariats et du sponsoring mais aussi de la partie événementielle avec l’animation des communautés de sponsors.

Ça a été très court comme expérience, en effet au bout de 6 mois j’ai été contacté par la société d’exploitation du Vélodrome National, qui était encore en construction à l’époque (Février 2013). J’ai alors rencontré l’actionnaire majoritaire à l’initiative de ce formidable projet et les astres se sont alignés rapidement… !

Et voilà cela fait maintenant plus de sept ans que je suis en poste au Vélodrome National, avec la chance d’avoir tout vécu depuis la sortie de terre jusqu’au COVID19.

Comme vous l’avez dit, vous êtes arrivé avant même que le Vélodrome n’ouvre officiellement. Qu’est-ce qui vous a plu et intéressé dans ce projet ?

Ce qui m’a intéressé, c’est le fait d’arriver en phase de pré-exploitation lorsqu’il faut créer toutes les fondations commerciales, marketing, juridiques, SI, articuler l’opérationnalisation et créer les plans de communications. Mettre en place toute la partie stratégique et attacher le Business Plan opérationnel idoine fût tout aussi passionnant !

En termes d’expérience et développement personnel je me suis dit que ce serait tout aussi enrichissant de constater le delta entre la phase de pré-exploitation (plutôt théorique) et la déclinaison opérationnelle (la phase « terrain »). Et on l’a bien vu, beaucoup de choses ont été adaptées, certaines erreurs ont pu être évitées et on a vu apparaître des choses qu’on n’avait pas pu anticiper.

Quel était le modèle du Vélodrome ? Et quel est-t-il aujourd’hui ?

A l’origine, le Vélodrome National tient sa naissance d’un Partenariat Public-Privé initié par l’Agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines. Depuis le 1er Juin 2018, l’exploitation commerciale et sportive a été confiée à l’UCPA que je représente aujourd’hui.

Il dispose de quatre types de missions opérationnelles :

  • Accueillir la Fédération Française de Cyclisme (FFC), qui est le locataire principal du Vélodrome. L’objectif est de mettre les athlètes dans les bonnes conditions d’exercice, de pratique, d’entrainement autant sur le secteur administratif que sportif. Les athlètes s’entrainent ici chaque jour, y mangent, en d’autres termes on propose un centre de vie complet.
  • Humaniser le lieu et le rendre accessible au plus grand nombre à travers le cyclisme sur piste, le BMX, le badminton et toute activité multisports sous le format club de sport
  • La location d’espaces pour des activités de séminaire et des conventions professionnelles. La modularité du lieu permet d’accueillir différentes configurations et plait beaucoup aux entreprises de toutes tailles
  • Et enfin la dernière et non des moindres : l’organisation de différents types événements sportifs et culturels. On peut accueillir tout type de compétitions sportives, nationales et internationales, et pas uniquement sur le vélo mais aussi sur un grand nombre de sports comme la boxe, la gymnastique, le judo, le CrossFit, le Handball, etc. En termes d’évènements culturels, on fait aussi bien des concerts et des festivals que de l’Esport avec par exemple l’organisation de la CVR WorldCup en 2017.

Pour aller un peu plus sur la partie évènementielle, combien d’événements faites-vous annuellement ?

On réceptionne entre 110 et 125 séminaires par an, une dizaine d’évènements majeurs de sport professionnel, et trois ou quatre évènements culturels par an. Pour la partie vélo, plutôt propre à la FFC, on est à cinq ou six compétitions nationales ou internationales par an (entre la piste et le BMX).

Et quel est le plus gros évènement que vous ayez pu accueillir au sein du Vélodrome ?

En 2015 on a accueilli les championnats du monde de cyclisme sur piste. C’était un évènement organisé sur cinq jours, à raison de 5000 spectateurs par jour, qui a réuni plus de 118 médias internationaux pour plus de 102 millions de téléspectateurs dans le monde (notamment en Asie et au Japon où la piste est très populaire).

Hors vélo, nous avons entre-autre co-organisé les internationaux de CrossFit, « CrossFit French Throwdown », réunissant plus de 1200 athlètes et 9000 spectateurs sur 3 jours. Une configuration événementielle indoor et outdoor.

Et le prochain gros évènement à venir (si le COVID le permet) ?

En 2022, on aura la chance d’accueillir de nouveau les championnats du monde sur piste, à peine 7 ans après. C’est assez court entre deux éditions mais c’est lié à la modernité de l’enceinte et à l’échéance de Paris 2024. Pour nous, ces Mondiaux prendront alors la forme du fameux « test-event » ! Entre-temps, nous avons d’ores et déjà des créneaux bookés par des producteurs et organisateurs d’événements majeurs.

Pour changer de volet et parler du futur de l’enceinte, quels sont les projets de transformation digitale menés au Vélodrome ?

Le Vélodrome National a été élu plateforme d’expérimentation 5G il y a environ six mois. C’est un projet initié par l’agglomération de Saint Quentin en Yvelines à travers le Vélodrome National qui sera donc l’outil officiel pour illustrer l’évolution technologique apportée par la 5G. En tant qu’exploitant, l’idée autour de ce projet est de mener un appel à projet auprès des startups. L’objectif sera alors d’étudier les meilleures propositions en matière de services complémentaires pour une Arena comme la nôtre et ainsi améliorer l’expérience de nos utilisateurs.

En effet, notre ossature technologique date de 2014 et on sait qu’en termes de performance et d’innovation on peut vraiment passer un cap, notamment sur la partie data Marketing ou sur l’évolution de notre infrastructure.

Quel va être l’impact du COVID 19 sur la transformation de votre modèle ? Est-ce que vous avez déjà prévu des changements pour la reprise, quand reprise il y aura ?

Le COVID nous a renforcé dans l’idée de développer de manière plus responsable la promotion du sport et de nos activités commerciales. D’après nos observations, il y a une vraie volonté de la population de bouger plus et de consommer différemment. On veut vraiment se positionner sur ce constat pour proposer quelque chose qui réponde aux attentes des utilisateurs. Actuellement, je suis en train de construire un projet lié à l’exploitation des pistes cyclables franciliennes en lien avec nos équipements, pour proposer des packs « clés en main » alliant piste, BMX et route. L’objectif prioritaire est de soumettre au plus grand nombre la pratique « loisirs » et la découverte de différentes activités vélo à travers différents environnements. J’aimerais associer des institutions publiques majeures telles que la Région Ile de France ou encore le Département. On est aussi en train de regarder comment lier la mobilité douce (transports éco-responsables) à nos sponsors, à travers l’organisation d’événements.

Par ailleurs, il faut noter que les médias auront un rôle « clé » à jouer dans la promotion de ces initiatives. Je collabore étroitement avec la chaîne « Sport en France » du groupe Reworld Média afin d’identifier un partenariat en ce sens.

Avant la phase de confinement, j’étais aussi sur le point d’officialiser un partenariat avec la Fédération des Etudiants des Yvelines (une communauté de plus de 90 000 étudiants), symbole de notre volonté de démocratiser nos activités au plus grand nombre. J’espère désormais concrétiser cela dès la reprise !

Il s’agit-là de quelques illustrations pour contribuer au « jour d’après », que nous préparons activement.

Quelle est votre vision quant à l’évolution des pratiques dans l’évènementiel sportif ? Est-ce que vous vous inspirez de modèles étrangers par exemple ?

Notre constat c’est qu’il faut placer l’humain au centre des réflexions, ce qui a tendance à ne pas toujours être le cas. Le seul évènement ne se suffit plus et ne suffit plus au consommateur, il faut apporter quelque chose en plus. Développer une offre de services complémentaires autour de l’innovation et des nouvelles technologies devient un marqueur essentiel pour se différencier.

L’une des clés est la dématérialisation, avec laquelle on va pouvoir proposer une expérience plus forte à nos utilisateurs, tout en restant dans la relation humaine avec un contact permanent avec les équipes du Vélodrome.

Un exemple c’est la réalité augmentée et notamment tout ce qu’on a vu aux US dans le sport professionnel mais aussi dans les parcs d’attraction. Bien entendu ils sont en avance et ont des budgets colossaux mais on peut quand même proposer des choses à notre niveau. Actuellement on travaille avec plusieurs partenaires pour mettre en place des Escape Games avec de la VR au cœur de l’enceinte, ce qui pourrait être quelque chose de vraiment différenciant et novateur pour un Vélodrome !

Nous étudions également les pistes possibles autour de l’Esport parce qu’on pense qu’il y a des synergies évidentes avec le monde du Sport. Cela peut apporter un souffle nouveau dans les années à venir et de nouvelles sources de revenus indispensables à la pérennité de l’équipement.

"Le seul évènement ne se suffit plus et ne suffit plus au consommateur, il faut apporter quelque chose en plus"

Pour finir cet échange, comment peut-on vous contacter pour mettre en place un évènement au Vélodrome ?

Hors Covid on peut accueillir des évènements qui font jusqu’à 6043 personnes et on est très ouverts à tous types de projets. Donc vraiment n’hésitez pas à nous contacter sur velodrome.accueil@ucpasl.com, je tâcherai de vous recontacter rapidement.

Un dernier mot peut-être ?

L’action dissipe le doute !

Le sport est un formidable vecteur de communication et ne sera jamais autant nécessaire qu’en ces temps délicats. Notre vocation est de faciliter l’accès aux pratiques sportives proposées par le Vélodrome National et nous aspirons profondément au développement de l’attractivité du lieu.