Interview : Jad El Alam

June 16th, 2020

Aujourd’hui nous sommes avec Jad El Alam, responsable Export chez Bleu Citron. Il va nous présenter son rôle d’agent export, la manière dont le COVID a permis à son équipe de développer de nouvelles opportunités ainsi que sa vision par rapport aux améliorations nécessaires

Est-ce que vous pouvez nous décrire votre parcours en quelques mots ?

J’ai fait un Master à Berklee College of Music, à Valence. C’était un master Entertainment au sens large, on a couvert autant l’industrie de la musique que du jeu vidéo ou du film. Suite à ça, j’ai fait un stage à Londres à the Agency Group qui s’appelle maintenant United Talent Agency, sur la partie data, histoire de mettre le pied à l’étrier. J’ai ensuite été engagé en tant qu’assistant d’agent. Je suis rapidement revenu en France, parce que le groupe était un peu trop corporate pour moi et je pensais que ce serait compliqué d’avoir des responsabilités rapidement. Je voulais aussi développer mes propres clients, ce qui est impossible à l’échelle d’une multinationale à court terme.

Je suis ainsi rentré chez Alternative Live pour qui j’ai travaillé pendant trois ans, pour finir avec Bleu Citron chez qui je suis actuellement en poste.

Est-ce que vous pouvez nous décrire un peu plus l’activité de Bleu Citron ?

Bleu Citron est une société qui a 35 ans et qui a eu plusieurs activités : au départ c’était un tourneur de jazz, qui accompagnait tous les grands comme Wayne Shorter. Maintenant c’est devenu un tourneur et producteur local sur la région Occitanie. Bleu Citron s’occupe d’artistes comme Bigflo et Oli, Naaman, Georgio, Lord Esperanza… Actuellement on est 38 personnes avec une forte croissance des effectifs : on a plus que doublé cette année !

Quel est votre rôle actuel et comment êtes-vous arrivé chez Bleu Citron ?

Je suis responsable de l’export des artistes et de l’import des artistes étrangers en France.

Il y a beaucoup de sociétés en France qui ne maitrisent pas l’export d’artistes français, à cause de la barrière de la langue, la culture, mais aussi parce que les statuts d’employés y sont très complexes.

A l’époque, Alternative Live cherchait à se positionner sur ce créneau du développement international et j’ai postulé immédiatement, d’autant plus que j’avais déjà travaillé avec eux lorsque j’étais en Angleterre. De fil en aiguille et avec la fermeture d’Alternative Live, je suis rentré en contact avec Bleu Citron qui venait d’ouvrir un poste sur le même rôle. On s’est entendus très rapidement et j’ai commencé par des concerts comme celui de Biglfo et Oli à Montréal.

Comment avez-vous démarché vos premiers clients sur ce rôle, qui demande généralement des années d’expérience et un réseau conséquent ?

En fait entre ma mission en Angleterre et en France, j’ai fait une mission très courte en Suisse. Là-bas j’ai beaucoup travaillé mon catalogue. Quand je suis arrivé chez Alternative Live, je faisais du Booking sur certains actifs. J’ai pu comme ça me construire un premier réseau de salles et d’artistes. Ça n’a pas forcément été très concluant mais ça m’a permis de faire mes armes. Et un jour un artiste qui venait du catalogue du label Suisse m’a rappelé, car il n’était plus satisfait des services du label. Il cherchait un agent, a trouvé mon numéro sur Internet et on est parti comme ça.

En parallèle, un de mes collègues a signé Lord Esperanza, est parti chez Bleu Citron et m’a gardé dans la boucle d’échanges malgré tout. J’ai chapeauté un peu l’export, mis en place une stratégie, et c’est ça qui m’a offert de rencontrer Bleu Citron, puis travailler avec eux.

Est-ce que vous pouvez nous décrire un peu plus l’activité de Bleu Citron ?

Bleu Citron est une société qui a 35 ans et qui a eu plusieurs activités : au départ c’était un tourneur de jazz, qui accompagnait tous les grands comme Wayne Shorter. Maintenant c’est devenu un tourneur et producteur local sur la région Occitanie. Bleu Citron s’occupe d’artistes comme Bigflo et Oli, Naaman, Georgio, Lord Esperanza… Actuellement on est 38 personnes avec une forte croissance des effectifs : on a plus que doublé cette année !

Combien d’évènements organisez-vous annuellement, que ce soit en tant que producteur ou tourneur ?

Alors je n’ai pas le chiffre exact, mais je sais qu’on est à plusieurs centaines. Rien que moi à l’année je vais mettre en place entre 120 et 150 dates. En plus de ça il y a la production locale avec une trentaine ou une quarantaine de Zeniths.

Quel est le plus gros évènement que vous ayez organisé au cours de ces dernières années ?

Sans aucun doute les deux stades de Toulouse qui ont été remplis par Bigflo et Oli successivement, soit deux fois 33000 places. Pour dire, le dernier à avoir fait ça au stade de Toulouse c’était Michael Jackson il y a 27 ou 28 ans ! Toujours avec Bigflo et Oli on a aussi une U Arena en Octobre dernier pour 34 000 billets.

Quel est le plus gros évènement que vous allez avoir ?

Alors là pour le moment on a quelques Zeniths prévus pour les Frangines, mais le COVID à beaucoup fait évoluer nos dates. Après on a quand même des choses intéressantes à venir qu’on dévoilera bientôt.

De votre côté, comment avez-vous vécu le COVID justement ? la crise sanitaire ? la pandémie ?

Au départ personnellement j’étais vraiment sceptique et je pensais que c’était surtout de la surmédiatisation. Puis en l’espace de 24/48h j’ai vraiment ouvert les yeux et me suis rendu compte de l’ampleur de l’épidémie. Ce qui a été très dur c’est surtout l’absence d’information, on ne savait vraiment rien de cette maladie. Et puis on a vu les évènements de 5000, 1000 personnes être interdits, puis tous les évènements. Au vu de la nature de mon job j’ai en plus eu des temporalités différentes : la Belgique a très rapidement interdit les évènements jusqu’au 31 Aout. Et c’est d’autant plus perturbant, on était vraiment dans l’inconnu !

Côté Bleu Citron, on a réussi à reporter énormément de choses à l’automne et au printemps prochain.

On a aussi profité de la période pour repartir sur une base plus saine, remettre à plat tous nos process, et créer du lien. Tout le monde à joué le jeu (quand on n’était pas en chômage partiel bien sûr) et ça a beaucoup apporté à l’équipe.

Quelles nouveautés avez-vous mis en place pendant la crise sanitaire ?

On a beaucoup itéré sur des modèles post COVID, à moyen et à long terme. Chaque jour qui passe nous rapproche de la normale et on s’est dit qu’il fallait miser sur des modèles pérennes. Par exemple des concerts en appartement mais aussi des bus itinérants… On a vraiment eu plein d’idées qui vont sortir au fur et à mesure de l’année !

Plus largement dans le milieu artistique que voyez-vous comme évolutions nécessaires pour créer des évènements qui rassemblent ?

Pour moi ça n’a jamais été aussi vrai (même si ça l’était déjà avant les derniers épisodes) mais c’est le rapport d’expérience. C’est ce qui va différencier un festival qui va faire pleine jauge d’un festival qui fait complet en 4 minutes comme le Hellfest. Peu importe la line up, année après année, ils sont surs que tout sera complet dès l’ouverture de la billetterie. D’ailleurs c’est le maitre mot de Bleu Citron : tu ne fais pas un concert mais un show, et chacune des personnes qui y était présente doit revenir au suivant, parce qu’elle a été conquise par ce show.

Factuellement on a même testé ça sur deux passages avec Bigflo et Oli à Montréal. Après un premier passage à 2300 personnes, on a fait une offre aux personnes présentes dans la salle : un billet au même prix, pour un concert six semaines plus tard dans une salle cinq fois plus grande. Au final on a vendu plus de 1400 tickets en 48h alors que normalement on aurait fait entre 100 et 200 places par jour.

Il y a eu beaucoup d’erreurs dans le milieu artistique ces dernières années et on revient actuellement à la notion d’expérience : livrer des choses uniques, qui changent de l’ordinaire.

Pour dire à Bleu Citron on a même pensé à l’adapter pour nos artistes en leur proposant des éléments personnalisés pendant la tournée, en leur apportant de l’innovation. Pour leur montrer qu’ils sont importants pour nous et qu’on tient à eux.

Quelles expériences marquantes avez-vous mis en place ces dernières années ? Quelles sont celles qui vous ont marqué en général ?

Pour revenir au concert de Bigflo et Oli à Montréal, on a fait importer 4 écrans LED de Chicago pour utiliser les mêmes médias et recréer un vrai spectacle, comme sur les stades.

Après pour nous ça commence bien avant le concert, avec le choix des partenaires sur la tournée, les timings de mise en vente… Par exemple quand Nekfeu a sorti les Etoiles Vagabonds avec un deuxième espace vide dans le CD et un film au cinéma, quand Beyoncé a sorti un CD du jour au lendemain ou que PNL ont fait les taxis dans Paris. Après ça je pense que c’est un effort qui ne vient pas nécessairement du tourneur ou autre, il y participe bien sûr, mais cela vient intrinsèquement de la créativité des artistes. Et c’est en leur donnant les moyens de mettre en place ces nouveautés, que nous tourneurs et producteurs on va aider à créer l’envie du public de participer à tout ça.

Pour finir cet échange, comment peut-on vous contacter en tant qu’artiste ?

Nous sommes joignables sur le site internet de Bleu Citron ou directement depuis notre page Facebook / Twitter. On est toujours à la recherche de nouveaux talents donc n’hésitez pas si vous pensez que nous pourrions collaborer !

Un dernier mot peut-être ?

Toujours garder en tête qu’il n’y a pas recette, on tente de répliquer les succès, mais ce qui vaut pour l’un ne l’est pas nécessairement pour l’autre. Le principal est de garder un propos honnête.