Interview : Jonas Djian

June 16th, 2020

Bonjour, aujourd’hui nous sommes avec Jonas Djian, ancien guide, responsable de site et chef d’équipe Visites, Boutiques, Musée au stade de France (2011–2018) qui va nous présenter son activité mais aussi expertise dans le milieu des stades.

Est-ce que vous pouvez nous décrire votre parcours en quelques mots ?

En fait j’ai commencé à travailler très jeune dans l’évènementiel, dès mes 16 ans, sur un festival de musique, Le Festival de la côte d’Opale.

Initialement je me dirigeais plus vers les métiers du spectacle. Puis au fil du temps je me suis rendu compte que les synergies et similitudes avec le monde du sport étaient très importantes, et que ces deux domaines m’intéressaient.

Après la fin de mes études en médiation culturelle et communication à Lille puis une escapade d’un an en Angleterre (à Londres), j’ai commencé ma vie professionnelle au Parc Astérix.

Suite à cela, j’ai validé un BTS Tourisme et commencé à travailler en tant que guide au Stade de France. En parallèle de ça j’ai aussi travaillé en tant que régisseur pendant les évènements importants (finale de la coupe de France, finale du Top 14, concert de U2 ou de Muse…).

En 2013, j’ai pris la responsabilité du service Visites, Boutique et Musée du Stade de France.

Avec l’arrivée de l’Euro 2016 et les nombreux travaux sur le site, j’ai largement approfondi ma connaissance terrain du stade, pour être capable de moduler et adapter les parcours clients, mais aussi enrichir le musée avec de nouvelles « reliques ».

Pendant l’Euro j’ai pris le poste de Responsable Merchandising en collaboration avec l’UEFA, Adidas et Intersport avec la gestion de l’installation des boutiques temporaires, leur agencement mais aussi le management au jour le jour.

Après l’Euro 2016, l’intitulé de mon poste au Stade de France a légèrement évolué en « Responsable de site » jusqu’à mon départ fin 2018 pour la Coupe du Monde Féminine 2019 en France en tant que Responsable Marketing.

J’ai aussi créé « Stadium Tour » en 2017, une communauté d’échanges de bonnes pratiques, d’informations, et de benchmark réunissant environ 100 représentants (tous corps de métiers) de stades, arénas et clubs à travers le monde.

En 2018 j’ai commencé à intervenir dans des écoles de Management du Sport afin notamment de partager mes expériences.

Vous avez parlé d’une volonté initiale de travailler plutôt dans le domaine du spectacle, pourquoi vous être finalement tourné vers le sport ?

Je fais du football depuis l’âge de 6 ans, et me rendre au stade a toujours été une passion pour moi. J’ai eu le coup de foudre quand j’étais petit en allant voir Lens au Stade Bollaert. Dans les années 90–2000 c’était vraiment incroyable, surtout l’année où ils ont été champions. C’est vraiment ça qui m’a donné envie d’évoluer dans ce milieu et de me dépasser.

Par rapport à votre expérience, comment voyez-vous l’évolution des enceintes sportives ?

Pour les enceintes sportives je pense qu’il y a vraiment une question de région : en Europe et aux Etats-Unis les problématiques vont être très différentes, parce que les moyens ne sont pas les mêmes. Les nouveaux stades dépassent le milliard, comme celui des Raiders, avec une pelouse amovible, un toit translucide …

Mais entre la Nationale Football League (NFL, football américain) et la Major League Soccer (MLS, football) il y a une grosse différence : les stades de MLS sont au top technologiquement mais les enceintes sont 3 à 4 fois plus petites qu’en NFL.

Un point que je vois et qui me semble primordial est la segmentation des tribunes avec un carré VIP bien sûr, mais aussi différentes gammes (rooftop, bord de terrain…), la tribune des supporters pour garantir l’ambiance, la partie familiale…

En Europe, surtout en France, on a un autre problème, avec des stades souvent trop grands et qui ne sont pas remplis, à moins que les résultats sportifs soient au rendez-vous. Milan par exemple a réduit sa capacité de 20 000 places et en France on voit des stades comme Nice ou Bordeaux qui sont peu remplis et dont l’accès est difficile à cause de leur mauvaise desserte par les transports en commun notamment.

Au contraire, des stades comme celui du PSG, du Barça ou du Réal cherchent à s’agrandir car ils affichent complets à chaque match.

Et en termes de projets liés aux fans ?

Au stade d’Amsterdam par exemple, il y a une équipe dédiée au trafic management (10 personnes) qui travaille en coordination avec la police pour la gestion de la circulation. Tous les employés du stade dédient en plus 20% de leur temps total de travail à la recherche et donc l’amélioration de l’expérience utilisateur globale.

Il y a aussi énormément de stades qui s’orientent vers des solutions plus technologiques pour proposer une expérience supplémentaire aux fans et aller plus loin que le sport.

Je sais que vous vous intéressez beaucoup à ce qui est fait à l’étranger, et je voulais avoir votre avis par rapport à l’apport de la 5G ?

La 5G va accélérer la dématérialisation, et aussi pousser à de nouveaux concepts comme la réalité virtuelle. On l’a vu dans un stade en Corée mais aussi en Argentine, avec un Dragon et un Lion totalement en virtuel par exemple.

Et encore on est loin des prouesses techniques qu’il sera possible de faire avec la 5G.

A l’identique tous les services additionnels qui nécessitaient de la couverture réseau vont être bien mieux optimisés, et ça va fluidifier l’expérience des spectateurs.

Quel va être l’impact du COVID 19 sur la transformation des modèles ? Est-ce que vous avez déjà prévu des changements pour la reprise ?

Je pense que ça va clairement accélérer la digitalisation. Il n’y a qu’à voir avec le remplacement du Sport pendant la période par l’Esport, avec des joueurs professionnels qui ont participé à des compétitions virtuelles comme Monfils ou Leclerc.

J’imagine aussi plein d’évolutions sur la VAR, ou avec les publicités sur les maillots des joueurs qui changent au fur et à mesure du match par exemple (Real Sociedad).

Après il y a une question de vision des clubs qui est très importante : tous n’ont pas la même maturité technologique et n’imaginent pas les évolutions de la même façon. Comme je le disais tout à l’heure, les clubs américains vont être beaucoup plus à même de prendre des risques et essayer de se différencier des autres clubs.

Sinon pour ce qui est du COVID je pense qu’on verra réellement les effets en Septembre / Octobre et que ça aura un impact pendant un ou deux ans. Ça dépendra aussi beaucoup de ce que mettent en place le ministère, les ligues et les fédérations pour sauvegarder la pérennité du sport professionnel. Cependant je pense que malheureusement certains clubs ne vont pas survivre. On le voit avec Rennes au Volley qui n’est toujours pas sauvé d’affaire malgré le soutien financier de Kevin Le Roux et de son groupe d’investisseurs (ndlr : la DNACG a reçu le club le 22 Juin).

Pour finir cet échange, comment peut-on vous contacter si on veut faire appel à vos compétences dans le Sport Business ?

Je suis joignable directement sur mon Linkedin : Jonas Djian !