Interview : Mathieu Bertoncini

November 19th, 2020

Aujourd'hui nous sommes avec Mathieu Bertoncini, Head of Gaming/ Esport chez Klox, ancien co-owner et responsable des opérations pour l’équipe Supremacy. Il vient de prendre ses nouvelles fonctions et va nous partager sa vision de l’Esport, les difficultés et les succès qu’il a pu avoir au sein de Supremacy, mais aussi les ambitions de Klox sur cette nouvelle verticale.

Pour commencer pourriez-vous nous dire comment vous êtes arrivés dans l’Esport ? Est-ce que c’est quelque chose qui est récent ou est-ce que c’était vraiment une évidence depuis tout jeune ?

C’est une très bonne question. Il faut dire que j’ai toujours joué aux jeux vidéo et que j’ai aussi fait beaucoup de sport en compétitions (chose j’essaye de continuer à l’heure actuelle) ce qui je pense m’a plus ou moins emmené vers cet univers.

Ce qui reste très marqué en moi c’est la période des premiers Youtubers Gaming reconnus, Diablox9, Gotaga, Wartek. Je suivais ça sur Youtube et c’est via Gotaga que j’ai fait mes premières découvertes de l’Esport, d’autant plus que je jouais moi-même à Call of Duty. J’ai rapidement gravité autour de ce milieu en aidant bénévolement des associations à droite et à gauche, alors même que j’étais encore au lycée.

Après tout s’est réellement concrétisé quand j’ai commencé à travailler pour Supremacy. On a débuté ce projet avec trois fois rien, autour d’une équipe Call of Duty et il faut dire qu’en 2015, dans l’Esport français, il y avait très peu d’encadrement autour des joueurs. On n’était pas vraiment dans l’idée de développer une société à proprement parler mais plutôt d’apporter un encadrement sur un sujet qui nous passionnait tous, sans objectifs précis.

 dsc0228 copy

Au-delà de cette expérience chez Supremacy quel a été votre parcours ? Et que faites-vous actuellement ?

Alors en fait en parallèle de Supremacy j’étais en école de commerce à Madrid, ce qui m’a valu des nuits très courtes pendant une longue période pour faire cohabiter ces deux activités.

J’ai stoppé mes activités avec Supremacy courant 2019 et en Septembre dernier j’ai rejoint Klox sur un poste de Head of Gaming et Esport. L’objectif est ainsi d’amener ma connaissance du milieu Esport/Gaming, et voir comment l’offre de Klox peut être utile et adaptée aux acteurs de ce milieu.

Pour expliquer Klox en quelques mots, on est une agence spécialisée dans les campagnes de communication digitale ciblées, achat média et data management. Notre rôle c’est d’aider nos clients à atteindre leurs audiences stratégiques, au bon endroit, au bon moment et ce, sur plusieurs leviers digitaux. Personnellement ma mission est de créer une offre qui soit adaptée au secteur, comprendre la maturité et les besoins des acteurs. Notre objectif est clairement d'être en capacité d’y répondre de la bonne manière que ce soit sur des logiques de ciblage mais aussi de canal de diffusion.

On fait également tout un travail d’explication et d'acculturation, car on arrive sur un marché où des technologies comme les nôtres sont encore très peu utilisées (pour des raisons de connaissances, de coûts...) et on a à cœur de démontrer leur efficacité et leur valeur.

Pour ça on va ainsi chercher à se différencier par notre connaissance du milieu et notre discours, démontrer que l’audience touchée par une campagne est, grâce aux outils que l’on utilise, cohérente et intéressée par le produit qui lui est proposé.

J’ai conscience qu’il peut y avoir quelques doutes quant à l’idée de payer pour diffuser du contenu plus largement mais on s’en rend compte assez souvent, la promotion organique ne suffit pas toujours et le paid media, quand il est bien fait, est un levier efficace, qui fait sens et encore plus dans un milieu aussi digital que l’Esport.

img 9491 copy

Par rapport à ces dernières remarques quel est votre avis sur la maturité du secteur ?

On fait souvent le parallèle avec l’industrie du sport, avec plus ou moins de sens selon les éléments discutés, et si tu reviens quelques années en arrière, c’est intéressant de voir l’évolution de l’encadrement autour des joueurs professionnels d’Esport. On s’est rapproché d’une structure assez similaire à celle du Sport pour les grandes écuries avec des préparateurs physiques, des nutritionnistes, des préparateurs mentaux, etc. C’est presque devenu la norme pour ces équipes tiers 1 et ce, en seulement quelques années, parce que cela touche directement à l’objet même de l’Esport, la performance des joueurs.

Pour autant, si on prend l’industrie dans son ensemble, c’est un secteur qui reste encore très jeune et un tel niveau de professionnalisme est loin d’être rependu à toutes les équipes. On est en effet sur un tissu économique en construction, et les revenus actuels générés par un acteur de taille moyenne ne sont souvent pas suffisants pour couvrir l’augmentation constante des charges, notamment sur les salaires des joueurs d’où les différentes levées de fonds d’équipes qui ont pu être réalisé récemment. Un des points importants à noter aussi est qu’une grande partie des revenus des équipes professionnelles est représentée par le sponsoring, et que contrairement au sport il n’y a pas de modèle aujourd’hui autour des droits TV. Les équipes cherchent à diversifier leur contenu et sources de revenu, on voit plusieurs modèles très intéressants notamment en France à l’image de Vitality et MCES mais la rentabilité est encore compliquée à entrevoir pour beaucoup.

Au sein de Supremacy j’imagine que votre modèle était aussi très lié au sponsoring ? Comment avez-vous mis en place un modèle de développement pour l’équipe ?

On s’est d’abord très vite rendus comptes que notre produit n’était pas seulement nos performances en compétition mais surtout la visibilité que nous pouvions proposer à nos sponsors. Ça passait bien entendu par la performance des joueurs en compétition mais aussi par tout ce qu’il y avait autour, les streams, les activations, les vidéos postées, etc.

Très rapidement on a ainsi diversifié notre activité en créant un pôle de gestion d’influenceurs. Ça nous a aussi permis de varier les activations que l’on était en mesure de présenter à des partenaires (Ne pas être dépendant uniquement des bonnes performances de nos équipes. Si elles ne performent plus, on aura toujours une visibilité intéressante à proposer).

Sur le plan économique pour les joueurs, il y a des choses intéressantes notamment avec une plateforme comme Twitch, qui va permettre à un Esportif professionnel de facilement diversifier ses sources de revenus (avec les subs, les dons…).

Pour revenir aux équipes et à l’exemple de Supremacy, en toute transparence, nos revenus étaient très volatiles, surtout au début. Il faut dire que les contrats de sponsoring s’étalaient sur 6/12 mois maximum tout comme ceux des joueurs et nous n’étions pas forcément structurés pour gérer ce type de modèle, très peu de visibilité à moyen-long terme. On a tout de même eu l’occasion de faire de belles choses notamment aux côtés d’éditeurs comme Ubisoft, Activision et Microsoft avec du contenu In Game qui nous apportait une source de revenu additionnelle (Rainbow Six : Siege, Call of Duty et Gears of War).

 dsc0502 copy

Qu’est-ce que vous pensez des évolutions qui ont eu lieu au sein des équipes ?

Il y a déjà une connaissance beaucoup plus forte de la part des équipes sur comment gérer les joueurs et comment les accompagner au mieux vers la performance. L’encadrement dans son ensemble s’est développé, les moyens des équipes de par les investissements extérieurs ont notamment permis cela. De l’autre côté, celui des joueurs, il y a aussi beaucoup plus de connaissances du domaine et des enjeux, les agents de joueurs jouent désormais un rôle très important à l’image de ce qui se passe dans le sport traditionnel. J’ai néanmoins quelques doutes quant à l’augmentation constante des salaires, des prix de transfert alors que de l’autre côté, le modèle économique des équipes est très fragile et pas rentable dans la plupart des cas, à voir comment les choses évoluent.

Pour finir cet échange, comment peut-on vous contacter si l’on veut travailler avec Klox par exemple ?

Nous sommes joignables sur notre site klox.fr, par mail sur contact@klox.fr et personnellement je suis joignable sur mon mail mbertoncini@klox.fr

Un dernier mot peut-être ?

Merci Pierre pour cette discussion, c’est pour nous très intéressant d’aborder ces sujets tout en y associant la stratégie de Klox et en espérant se revoir très bientôt malgré la période compliquée !